Brexit et Bordeaux

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De nombreuses personnes m’ont demandé mon avis sur la façon dont le récent vote en faveur du Brexit pourrait affecter la relation traditionnelle et forte qui existe autour du commerce du vin entre Bordeaux et Londres.

J’ai pensé qu’il pourrait être utile d’essayer de mettre ici cette situation dans son contexte. Après un tel bouleversement, il y a inévitablement beaucoup d’incertitudes. Mais en regardant la situation de plus près, on trouve des motifs de réconfort.

A court terme, il y aura inévitablement quelques turbulences, principalement liées à la volatilité du taux de change. Mais pour ma part, je ne pense pas qu’il y ait de perturbations importantes sur le long terme. La Grande-Bretagne et Bordeaux entretiennent des relations commerciales étroites depuis des siècles : le marché britannique a une place à part dans le cœur des producteurs bordelais – de même que Bordeaux a une place à part dans le cœur des consommateurs de vin britanniques. Ce lien particulier, qui existait déjà de nombreux siècles avant l’Union Européenne, va perdurer. En tant qu’Anglais basé à Bordeaux et producteur de plusieurs vins bordelais, mais également en tant qu’Anglais tombé complètement amoureux de cette ville et de ses vins depuis longtemps, je me sens bien placé pour affirmer cela d’un côté comme de l’autre.

Ce sentiment a été renforcé suite à de nombreuses conversations que j’ai pu avoir, autant avec mes collègues producteurs à Bordeaux qu’avec mes compatriotes britanniques amoureux des vins de la région. J’affirme une opinion personnelle, mais je relaie également les conclusions de nombreuses conversations entretenues avec des personnes des deux côtés.

Le fait est que les principaux marchés d’exportation de Bordeaux sont de toute façon généralement extérieurs à l’Union Européenne.

Les chiffres d’exportation de l’ensemble des vins de Bordeaux au cours des 12 derniers mois placent le Royaume-Uni en quatrième position en termes de valeur. Les quatre autres destinations de ce top 5 (Hong Kong, États-Unis, Chine et Japon) se trouvent toutes en dehors de l’Union Européenne. Cela n’a pas empêché Bordeaux d’exporter vers ces pays.

Si nous examinons de plus près les six principaux marchés d’exportation des vins premium de Bordeaux (supérieurs à 15 € la bouteille, départ cave), il est également intéressant de noter que cinq d’entre eux ne sont pas dans l’UE et qu’encore une fois, le Royaume-Uni, en quatrième position, est le seul membre de l’Union Européenne (par ordre de valeur en euros : Hong Kong, États-Unis, Chine, Royaume-Uni, Suisse et Japon).

Il existe peut-être un risque politique à moyen terme lié à d’éventuels tarifs imposés sur les importations et exportations en provenance et à destination du Royaume-Uni. Non seulement ce serait triste, mais cela ne bénéficierait qu’aux producteurs du Nouveau Monde qui saisiraient cette opportunité d’augmenter leurs parts de marché au Royaume-Uni. Je pense et j’espère que des politiciens européens prévoyants et rationnels feront tout pour éviter une telle  issue qui serait manifestement négative pour Bordeaux et, de fait, pour tous les producteurs de vins européens.

L’une des choses que j’aime de Bordeaux, c’est qu’il s’agit d’une ville tournée vers l’extérieur, qui échange avec le monde entier. Elle a relevé il y a bien longtemps le défi de parcourir les quatre coins du monde pour promouvoir et vendre les vins de son vignoble. Le marché pour les grands vins de Bordeaux est un marché mondial : la Grande-Bretagne est un marché indispensable pour nos vins, traditionnel et moderne à la fois, avec une histoire grandiose, un présent dynamique et un avenir sans nul doute glorieux comme l’un des principaux marchés où les grands vins de Bordeaux sont appréciés. Il est important que les amateurs de vin du Royaume-Uni sachent qu’ils sont eux aussi très appréciés des vignerons bordelais : il y a des siècles que nos vins sont bus en Grande-Bretagne, et ils le seront encore pendant des centaines d’années. Malgré les difficultés à court terme, nous possédons un grand passé et un grand avenir ensemble.

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Une réflexion sur “ Brexit et Bordeaux ”

  1. Cher Christian,
    Tu écris aussi bien que tu parles du vin.
    Ton article est excellent et s’agrége, pour notre profession, aux nombreux articles généraux qui foisonnent en ce moment.
    Je vais le relayer
    Bien à toi et à ta charmante épouse.
    Amities
    Franck
    PS quand je vois une bouteille de Porto je repense toujours à Noval…