Quelle est votre plus grande exigence pour une bouteille de vin que vous buvez juste pour le plaisir ?

Steve Tanzer a mis récemment en ligne une rubrique questions/réponses régulièrement actualisée sur son site Internet Winophilia, dans laquelle il demande à une sélection de vinificateurs du monde entier de répondre aux questions qu’il y pose. Voici ma réponse à sa première question. Vous pourrez lire l’intégralité de l’article avec les réponses des autres vinificateurs en cliquant ici : http://www.winophilia.com/2010/03/25/requirement-1-for-drinking-pleasure-part-1/ Ca vaut le coup d’oeil. Il y a vraiment des réponses intéressantes.

Steve Tanzer : Quelle est votre plus grande exigence pour une bouteille de vin que vous buvez juste pour le plaisir ?

Christian Seely, Quinta do Noval et Château Pichon Baron (Portugal et France). Tout d’abord, je n’ai jamais bu de vin pour aucune autre raison ! Si je devais vous répondre en un mot, ma réponse serait « harmonie ». Pour être un peu plus explicite, je dirais que je recherche la fraîcheur, l’équilibre, l’harmonie et le plaisir de la consommation. Le plaisir de la consommation peut sembler être une exigence étrange, mais il existe des vins dont la dégustation est impressionnante mais n’encourage pas à boire plus d’un verre.

Pour aller plus loin, et peut-être se rapprocher d’une réponse claire à votre question, j’apprécie les vins qui me font rêver lorsque j’en ai un verre en face de moi, des vins qui me font penser à leur lieu d’origine : un Douro rouge avec un bouquet d’arômes qui me rappelle la beauté sauvage du Douro, par exemple, ou un grand Sauternes capable de me transporter dans les vignes de Suduiraut au moment des vendanges.

Il doit être bon, il doit être authentique. Je dois sentir qu’il ne me fait pas perdre mon temps. Ceci peut se produire à n’importe quel niveau. Cela n’a rien à voir avec le prestige ni le prix. Une fois que c’est décidé, je suis prêt à m’asseoir et à lui accorder tout le temps dont il a besoin.

www.winophilia.com – Stephen Tanzer’s Winophilia

Hier, étaient publiées les réponses à la question suivante : « Quel vin à prix modéré avez-vous récemment apprécié avec votre famille ? Et pourquoi ? ». Je vous invite à lire ma réponse sur http://www.winophilia.com/2010/04/20/winemakers-favorite-moderately-priced-wines/

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Semaine des primeurs à Bordeaux

La semaine dernière, le monde entier s’est donné rendez-vous à Bordeaux, pour goûter le millésime 2009. Il s’agit pour nous de l’une des semaines les plus mouvementées de l’année, puisque les visiteurs se succèdent toute la journée sans discontinuer et qu’un dîner est généralement organisé chaque soir. Malgré tout, c’est aussi une semaine que nous attendons avec impatience.

On pourrait objecter que dans la vie d’un vin, le mois de mars qui suit la récolte n’est peut-être pas le moment le plus approprié pour juger de sa valeur intrinsèque. Force est pourtant de constater que c’est exactement ce que tout le monde s’efforce de faire.

On évalue la qualité et le style du millésime, ainsi que les performances relatives de chaque propriété. Pour les producteurs tels que nous, c’est un moment excitant et angoissant à la fois. Le résultat de tout notre travail dans les vignes et dans le chai est soumis à l’examen des professionnels du vin. Bien entendu, nous avons notre propre opinion sur nos vins, mais nous sommes probablement trop passionnément impliqués dans ce que nous faisons pour pouvoir porter nous-mêmes un jugement objectif (bien que nous nous efforcions de le faire). Ainsi, il incombe à nos visiteurs de nous donner leur verdict, qu’ils soient journalistes, clients ou négociants. Vont-ils confirmer toutes les opinions que nous nous sommes faites sur la qualité de nos vins ? Vont-ils remarquer ce que nous avons essayé de faire ?

C’est dans la salle de dégustation de Pichon que nous recevons la plupart des visiteurs. La semaine dernière, j’ai également passé une partie du temps à Petit-Village, mais j’ai passé deux jours dans la salle de dégustation de Pichon. Déguster nos vins avec tous ces visiteurs différents au cours de la journée et écouter ce qu’ils ont à dire sur les vins et le millésime est une expérience fascinante et très agréable. Certains ne disent rien, bien sûr, le plus souvent ce sont les journalistes. Dans ce cas, on les accueille, on essaie de deviner la réaction d’après les expressions énigmatiques sur le visage des dégustateurs en question, puis on attend de lire ce qu’ils ont à dire. Cependant, ceux qui se sont exprimés ouvertement pour confirmer l’impression générale selon laquelle 2009 est un grand millésime sont suffisamment nombreux et le « buzz » autour de Pichon, Petit-Village et Suduiraut a été extrêmement positif. Nous devons maintenant attendre que les verdicts soient rendus publics et nous donnent une image complète du jugement des professionnels du vin sur le millésime et sur nos vins.

Pour ce que ça vaut, j’aime énormément le millésime 2009. Je me suis efforcé de faire des dégustations partout où j’ai pu le faire et je pense qu’il y a des vins vraiment excellents cette année. Mes préférés sont ceux qui, à mon avis, ont réussi à capturer l’essence du millésime 2009. Ces vins ont un fruit d’une très belle pureté et une concentration intense, mais se caractérisent surtout par leur harmonie et leur équilibre et par des tanins soyeux et d’une élégance extraordinaire, parfaitement enrobés par le fruit, bien que l’analyse révèle une forte teneur en tanins. Certains ont choisi de pousser davantage l’extraction, et leurs vins se caractérisent par des tanins plus présents, mais aussi par une concentration extrême du fruit. Je pense que 2009 sera une année marquée par les différences de style entre ceux qui ont recherché l’élégance et la finesse et ceux qui ont choisi de se concentrer sur une puissance plus grande. Pourtant, globalement, les vins sont formidables et je pense que l’opinion générale est qu’il s’agit d’un grand millésime pour Bordeaux. On a accordé une telle attention aux magnifiques vins rouges qu’il serait facile d’oublier que 2009 a également été une grande année pour les Sauternes. A Suduiraut, ce millésime est l’un de mes préférés, car il a une richesse et une complexité extraordinaires, mais il se caractérise aussi, comme les meilleurs vins rouges, par les superbes qualités d’équilibre, d’harmonie et d’élégance de ce millésime.

Nous avons reçu un groupe de journalistes distingués à Petit-Village, pour une dégustation de groupe des vins de Saint-Emilion et de Pomerol de l’UGC. Pour celui qui organise chez lui une telle dégustation, l’opportunité de parler à autant de journalistes en une seule visite est  déjà un avantage, mais il y a aussi celui qui consiste à se glisser dans la salle de dégustation après leur départ et à goûter soi-même tous les vins. Je les ai d’abord dégustés sans cacher les étiquettes, et j’ai pris des notes aussi abondantes que détaillées (uniquement pour mon usage personnel), puis j’ai fait une dégustation à l’aveugle, en reprenant des notes de dégustation. J’ai ensuite essayé de faire correspondre les deux séries de notes. Si vous n’avez jamais fait ce genre d’exercice, je vous le recommande car c’est une grande leçon d’humilité ! Mais il est fascinant également de constater les différences de perception dans les deux cas. Dans un monde idéal, on ferait probablement toujours deux dégustations, une à l’aveugle et l’autre non. En effet, il est évident que chacune des deux méthodes présente ses propres avantages.

Bien entendu, tandis que le monde entier se concentre sur le millésime 2009, la vie continue dans les vignobles et les chais. J’ai pris ces deux photos des premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village alors que les vins de 2009 étaient en cours de dégustation. On sent que le printemps est de retour et c’est très agréable, après un hiver qui s’est avéré particulièrement rude, et pas seulement en ce qui concerne les conditions météorologiques.

Premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village

Premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village

Premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village

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Visite à Disznókő à l’occasion de l’assemblage du millésime 2007 des vins Aszú

Comme c’est souvent le cas en Hongrie, en cette saison, il faisait très froid et il y avait beaucoup de neige, mais nous avons eu la chance d’avoir un temps très ensoleillé, qui mettait vraiment le vignoble en valeur. Voici une photo de l’équipe de dégustation dans la neige. Je ne pouvais pas laisser passer une aussi belle occasion de prendre une photo, même si, bien sûr, la vraie dégustation et l’assemblage ont eu lieu à l’intérieur !

L'équipe de dégustation de Disznókő

De gauche à droite : Christian Seely, László Mészáros, Directeur Général de Disznókő, Andrea Hanyecz, Directrice Commerciale de Disznókő, Zoltán Kovács, Directeur Technique de Disznókő, Aymeric de Gironde, Directeur Commercial AXA Millésimes, Daniel LLose, Directeur Technique AXA Millésimes.

Il va sans dire qu’un grand vin d’Aszú doit être servi frais, aussi avons-nous tiré le meilleur parti des conditions naturelles. Je recommande vivement cette façon de servir votre verre de Tokaj, et je me suis dit que ce serait le vin parfait pour des vacances aux sports d’hiver, bien meilleur que le traditionnel verre de vin rouge chaud, agrémenté d’une tranche d’orange. 

Je recommande vivement cette façon de servir votre verre de Disznókő Tokaj, un vin parfait pour des vacances aux sports d’hiver

Le grand vignoble historique de Tokaj est l’un des lieux les plus romantiques du monde. On pourrait écrire un roman fascinant sur le passé long et tumultueux de cette région, marquée par la gloire aussi bien que par la tragédie. Reconnu pendant des siècles comme l’un des plus grands vins du monde – le vin favori de Voltaire, de Frédéric le Grand, des Tsars de Russie, de Louis XIV – le Tokaj a beaucoup souffert, au cours du 20ème siècle, en raison des guerres et des évènements politiques. La région a commencé à renaître au début des années 1990, avec l’effondrement du régime communiste. Nous avons fait l’acquisition du vignoble historique de Disznókő en 1992, et nous avons alors entrepris de replanter la plus grande partie du vignoble, construit une cave de vinification, et commencé à recréer, à Disznókő, un grand vin de Tokaj.

Voici une autre photo qui montre de nouveau l’équipe de dégustation, mais où l’on voit clairement la cave de vinification et le vignoble de Disznókő. On remarque aussi, à l’arrière-plan, un bâtiment que nous considérons comme le plus beau hangar à tracteurs du monde.

L'équipe de dégustation de Disznókő avec en arrière-plan la cave de vinification, le vignoble et le hangar à tracteurs

Aucun de ces bâtiments n’existait lorsque nous avons acheté Disznókő. Ce fut pour nous un grand plaisir et une grande chance que de pouvoir participer à la renaissance de l’un des grands vignobles de Tokaj et, ainsi, de contribuer à la renaissance de la région entière. Jean-Michel Cazes, qui était mon prédécesseur chez AXA Millésimes, a été l’un des principaux architectes de ce projet, et lui a donné tout son élan, avec l’aide de Daniel LLose et de l’équipe de Disznókő, à qui l’on doit tout le travail réalisé à Disznókő dans les années 1990. Par rapport au début des années 1990, la région de Tokaj est aujourd’hui transformée. Plusieurs des grands domaines historiques ont retrouvé leur splendeur passée, mais il convient aussi de souligner le fait qu’un grand nombre de jeunes vinificateurs de talent se sont installés dans des propriétés plus petites, et produisent des vins très intéressants, qui sont en passe d’aider Tokaj à redevenir l’une des plus grandes régions vinicoles du monde, et certainement l’un des endroits les plus dynamiques, pour ceux qui y travaillent.

 Nous étions à Disznókő pour l’assemblage du millésime 2007 des vins d’Aszú. C’est une année qui présente quelques ressemblances avec le millésime 2000, avec beaucoup de richesse et de maturité, et relativement peu d’acidité. Les vins de ce millésime sont déjà très séduisants, dans un style totalement opposé, par exemple, à celui de l’année 1999, qui était aussi très riche mais avec une forte acidité et une structure minérale très marquée, et pour lequel il est nécessaire d’attendre le plus longtemps possible. Ne manquez pas le millésime 2007 Disznókő Aszú cinq Puttonyos  lorsqu’il arrivera sur le marché dans un an ou deux ! En 2007, nous avons également produit un remarquable Eszencia.

 Dans une région qui souhaite se réinventer, il arrive fréquemment que les différents acteurs de cette renaissance suivent des voies différentes. Certains pensent que l’avenir est dans le développement des vins secs, en particulier le noble cépage Furmint, certains développent un style de vendange tardive offrant un délicieux compromis entre la richesse des vins d’Aszú et le caractère très sec et minéral du cépage Furmint quand il n’a pas de sucre résiduel. Personnellement, je pense que la grandeur de Tokaj vient surtout de ses vins d’Aszú, en particulier l’Aszú cinq Puttonyos et l’Aszú six Puttonyos, qui sont des vins magiques à la personnalité unique, complexes, riches, fins et équilibrés, capables de vieillir et de se développer pendant un siècle au moins, mais parfaitement délicieux quand ils sont jeunes. A Disznókő, nous produisons un Furmint sec, un vin de vendange tardive et toute une gamme de vins d’Aszú, avec une production très limitée d’Eszencia certaines années, mais je pense que l’on peut dire en toute justice que les vins d’Aszú cinq et six Puttonyos représentent le cœur de notre activité. Si vous n’avez pas encore goûté l’un de ces vins, je vous recommande vivement de le faire : ils font partie des plus grands vins du monde, tout en étant disponibles à un prix que nous estimons toujours ridiculement bas !   

László Mészáros, dégustant un Disznókő Aszú 6 Puttonyos dans le vignoble

László Mészáros, dégustant un Disznókő Aszú 6 Puttonyos dans le vignoble

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Comment planifiez-vous et organisez-vous la taille?

Mel Jones a posé une bonne question au sujet de la taille, et j’ai décidé de poster la réponse dans le blog. J’ai consulté Daniel LLose avant de répondre : ceci explique l’information technique plus détaillée que d’habitude!

« Comment planifiez-vous et organisez-vous la taille? Est-ce que vous commencez par une parcelle en décembre dans laquelle vous travaillez d’un bout à l’autre, passez ensuite à la parcelle voisine et ainsi de suite ou procédez-vous cépage par cépage, vieille vigne d’abord, jeune vigne ensuite, ou selon une autre méthode ? De même, y-a-t-il des parcelles ou des cépages que vous taillez plus tard, que ce soit pour retarder le débourrement, ou pour faire en sorte que d’autres choses puissent se produire ou pas. Mes questions s’adressent plutôt pour Pichon mais je serai aussi intéressé de savoir ce qu’il en est pour Suduiraut. »

La taille à Château Pichon-Longueville Baron

La taille à Château Pichon-Longueville Baron

Le but de tailler tous les ans un pied de vigne est multiple: il s’agit d’équilibrer la vigueur de la vigne, de maitriser l’état végétatif et d’assurer une parfaite protection sanitaire.

Le principe de base de la taille repose sur le fait que les bourgeons fructifères (le sarment qui va pousser à partir de cet œil portera des fruits) sont positionnés sur le bois de l’année précédente. La taille a donc pour but de reformer un plant de vigne de façon à garder une certaine longueur de bois (en une ou plusieurs lattes) sur laquelle il y aura un nombre bien défini de bourgeons (fonction de l’option de production qu’on s’est donnée). Ces bourgeons donneront chacun une nouvelle branche qui à son tour portera un ou deux fruits selon le cépage.

La taille de la vigne ne peut se faire qu’une fois que la sève est en phase descendante pour que la plante soit en dormance. On considère en général qu’il est possible de tailler quand les feuilles sont tombées. Il est aussi facile et plus commode de tailler sans feuille. La taille débute mi-novembre et peut durer tout l’hiver. On peut tailler jusque fin mars. Mais, à cette époque, la plante est en train de reprendre son activité. La sève est alors en phase montante, et on dit que la vigne pleure puisque la sève peut s’écouler des plaies de taille. Certaines propriétés organisent la taille par équipe pour avancer plus vite bloc par bloc. A Pichon, nous pratiquons la taille par « prix-faits ». Chaque vigneron a tous les ans les mêmes parcelles à tailler: c’est l’ensemble de ces parcelles qui est appelé un prix-fait. La notion de « prix-fait » implique donc un zonage du vignoble en autant de prix-faits que de vignerons. Le fait que chaque vigneron s’occupe tous les ans des mêmes parcelles est un gros avantage qualitatif. Chaque cep de vigne est ainsi toujours taillé par la même personne qui peut d’une année sur l’autre mieux façonner le pied et mieux préserver sa longévité s’il respecte les règles de bonne taille.

Cette mention « Prix-fait » indique aussi une méthode de rémunération: les vignerons sont payés au « prix-fait » c’est à dire à x € pour mille pieds taillés. Le prix-fait d’un vigneron est savamment constitué d’un assemblage de différentes parcelles de façon à ce que chaque vigneron ait un mélange judicieux et équilibré entre les différents cépages (ici Cabernet Sauvignon, Merlot et Cabernet Franc) et les différentes vigueurs des parcelles. La vigueur est liée à l’âge de la parcelle: plus la parcelle va devenir adulte et plus elle perdra de sa vigueur végétative.

La méthode de taille utilisée à Château Pichon-Longueville Baron est le  » Guyot double ».

Cep de Pichon Baron en guyot double

Cep de Pichon Baron en guyot double

Un vigneron peut tailler entre 800 et 1000 pieds par jour. Pendant une campagne de taille, les vignerons à Pichon ont en moyenne 50000 pieds à tailler. Mais le travail de la taille n’est pas le seul que doit réaliser le vigneron pendant la période réservée à ce travail. Il faut simultanément préparer la vigne de façon à ce qu’elle soit prête pour un nouveau cycle végétatif. La taille en guyot double est une taille qui demande obligatoirement un palissage. Quand un vigneron a terminé de tailler une parcelle, il faut remettre en état tous les supports c’est à dire les piquets et les fils de fer. Ce travail est effectué avant le pliage. Le pliage, c’est l’attachage des deux « astes » d’un plant de vigne, ou baguettes de bois, au fil de fer du bas afin que les sarments issus des bourgeons de cette baguette poussent suivant le plan de végétation. Cette dimension de prix-fait permet au vigneron de tailler toutes ses parcelles en temps et en heure.

Le pliage. Pichon Baron en arrière-plan

Le pliage. Pichon Baron en arrière-plan

Le chantier de taille est organisé de façon méthodique. Le programme de taille parcelle par parcelle est déterminé suivant les cépages mais aussi suivant la précocité des terroirs. En général, les terroirs les plus précoces sont taillés les derniers de façon à ce que la vigne ne démarre pas trop tôt en végétation ce qui peut limiter les effets de gelées de début de printemps. En effet une taille tardive va retarder le débourrement de la vigne (stade où les bourgeons commencent à s’ouvrir). Les jeunes vignes (de moins de 5/6 ans) seront toujours taillées en dernier car elles ont toujours tendance à démarrer leur végétation plus tôt que les plantes plus âgées. En les taillant en dernier, on freine ainsi leur départ en végétation.

Ce n’est pas le cas à Pichon puisque les terroirs sont tels qu’ils présentent peu de risques de gelées printanières. Il existe aussi une autre façon de diminuer les risques de gel en taillant en deux phases. La taille en guyot double est une taille dite longue: les lattes de bois (appelées dans le Médoc « astes ») ont une longueur d’environ une cinquantaine de cm sur laquelle ne va rester à la taille que 4 à 5 bourgeons. L’aste est gardée plus longue de façon à permettre son attachage (= le pliage de la vigne) sur le fil support du bas par un lien. Les bourgeons terminaux inutiles sont donc supprimés: la latte de bois est « ébourgeonnée » sur le tiers de sa longueur.

Ebourgeonnage

Ebourgeonnage

Pour éviter des risques de gelée dans des terroirs très froids, la latte est maintenue droite sans être attachée. Dans cette position, ce sont les bourgeons terminaux qui vont éclore le plus rapidement et ainsi retarder l’éclosion des bourgeons de la base de la latte. S’il y a une gelée printanière, ainsi seuls les bourgeons terminaux seront affectés puisque les bourgeons qui intéressent la production des raisins ne seront pas suffisamment éclos. Il suffira ensuite de faire un deuxième passage de taille pour ébourgeonner les bourgeons terminaux et réaliser le pliage de la latte.

En ce qui concerne la taille à Château Suduiraut, les principes sont exactement les mêmes. La seule différence importante est le mode de taille totalement différent.

La taille à Pichon est une taille dite longue avec deux lattes de bois de 4 à 5 yeux et deux coursons à deux yeux permettant de reformer le plant l’année suivante.

La taille effectuée à Suduiraut en particulier et à Sauternes en général est une taille dite « courte ». Elle se rapproche d’une taille en gobelet mais ce gobelet est positionné sur un seul plan qui est celui du rang de vigne de façon à permettre un palissage efficace de la végétation.

Chaque courson est composé de deux yeux et les 4 ou 5 bras de vigne constituant le pied ont été formés de façon à former un éventail positionné dans le plan du rang de vigne.

Courson d’un cep de Suduiraut

Courson d’un cep de Suduiraut

Cep de Suduiraut taillé selon la taille courte en ‘gobelet plannifié’

Cep de Suduiraut taillé selon la taille courte en ‘gobelet plannifié’

On peut appeler cette taille un « gobelet planifié ». Compte tenu des cépages en jeu (très majoritairement Sémillon auquel s’ajoute un peu de Sauvignon Blanc), cette taille courte permet de réduire le potentiel de rendement de chaque plant de vigne. Ce faible rendement est obligatoire pour pouvoir avoir une maturité la plus précoce possible. Cet élément de précocité de la maturité est indispensable pour permettre au botrytis de ne s’installer que sur des baies les plus mûres possibles.

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Languedoc – Dégustation d’assemblage des vins de Mas Belles Eaux 2009

C’est un plaisir de retrouver la douceur du Sud après des semaines frigorifiantes à Bordeaux. La différence de température (de -6° à 12°) est appréciable, et souligne bien la différence climatique entre les deux régions. Avant la dégustation, nous avons fait un tour dans le vignoble. J’ai une affection particulière pour Belles Eaux et vous allez comprendre pourquoi avec les photos qui vont suivre.

Nous avons acheté les deux vignobles de Ste Hélène et Belles Eaux en 2002.  En les réunissant, nous avons créé Mas Belles Eaux. Depuis lors, nous avons mené un travail de transformation d’une grande partie du vignoble : palissage, surgreffage, replantations. Quelques parcelles n’ont eu cependant besoin d’aucun changement. La magnifique parcelle de vieux Carignans en photo ci-dessous en est un parfait exemple.

Les vieux Carignans de Mas Belles Eaux

Les vieux Carignan de Mas Belles Eaux

Ces vieilles vignes splendides, plantées dans les années quarante au cœur des terroirs nobles de la propriété, produisent naturellement un très faible rendement d’un vin remarquable, profond et plein de caractère. Il entre dans la composition du Grand Vin de Ste Hélène.  Nous en mettons aussi individuellement en bouteille, en petites quantités, en tant que vin de cépage Vieux Carignan, sous l’étiquette Mas Belles Eaux. J’ai ainsi ouvert ce dimanche une bouteille du millésime 2007. Et j’ai été frappé non seulement par sa fraicheur et son équilibre, mais aussi par sa finesse, caractéristique que je n’aurais pas automatiquement associée à ce cépage avant de le connaitre un peu mieux.

J’ai apprécié de mieux comprendre un autre cépage à Belles Eaux : le Mourvèdre. Plusieurs hectares de ce cépage étaient par chance déjà plantés. Les résultats ont été si encourageants que nous avons décidé de surgreffer des vieilles vignes Cinsault avec du Mourvèdre pour augmenter la proportion de ce cépage noble dans le vignoble.

A droite une parcelle de Grenache Noir, juste avant la taille, et à gauche, une parcelle de Mourvèdre

Cette parcelle est au sommet des coteaux de Belles Eaux

Vous voyez ici à droite une parcelle de Grenache Noir, juste avant la taille, et à gauche, une parcelle de Mourvèdre qui a été surgreffée sur du Cinsault, des vignes assez âgées en l’occurrence, plantées en 1973.  Au fond vous apercevez la Montagne Noire. Cette parcelle est au sommet des coteaux de Belles Eaux.

Comme avec le Vieux Carignan, le Mourvèdre entre dans l’assemblage du Grand Vin Ste Hélène (ainsi que dans Les Coteaux). Nous en mettons aussi une petite quantité en bouteille en tant que cépage unique, sous l’étiquette Mas Belles Eaux Mourvèdre.

En fait, j’ai aussi ouvert dimanche dernier une bouteille de notre Mourvèdre 2008 en même temps que le Vieux Carignan, dans le simple but de les comparer. Ce fut fascinant d’observer la différence de style marquée entre les deux. Ils nous ont donné autant de plaisir l’un que l’autre – les carafes ont vu leur niveaux descendre à une même allure – tout en possédant des personnalités complètement différentes. C’est une expérience que je ne peux que vous encourager à reproduire par vous-même, et de préférence régulièrement.

Grenache surgreffé sur du Cinsault vieille vigne

Grenache surgreffé sur du Cinsault vieille vigne

Voici de plus près un surgreffage récent. Il s’agit d’un Grenache surgreffé sur du Cinsault vieille vigne. Nous avons connu ici un grand succès concernant les surgreffages de vieilles vignes. Ceci nous permet de profiter de leur âge et de la structure de leurs racines, en changeant de cépage quand nous le jugeons approprié.

C’est la Syrah qui est au cœur des assemblages pour les vins Ste Hélène et Les Coteaux. Voici quelques pieds de nos meilleures Syrah, dans la parcelle qui s’appelle la Cacarie.

Le Terroir de Mas Belles Eaux

Le terroir de Mas Belles Eaux

Dans la photo ci-dessus, vous pouvez observer quelque chose du terroir de Belles Eaux: des couches profondes de graves mélangées avec de l’argile ferrugineux, qui donne au sol sa couleur rouge typique, et aux Syrah plantées ici de la finesse et de l’élégance.

La couleur rouge et la présence des graves sont encore plus manifestes dans la photo suivante, qui montre quelques vignes de Grenache, dans la parcelle que nous appelons Gil. Le soleil en train de se coucher  met davantage en valeur le rouge, mais le sol est vraiment de cette couleur !

Les Grenache au sommet du plateau de Belles Eaux

Les Grenache au sommet du plateau de Belles Eaux

Ces photos devraient vous donner une idée des raisons qui nous ont convaincus d’acheter ici. Nous avons cherché pendant 18 mois avant de trouver Belles Eaux. Il y a ici un terroir sérieux, capable de produire de Grands Vins. La qualité progresse constamment depuis que nous avons commencé les travaux dans le vignoble. Notre but est de produire ici des vins de terroir, qui exprime le lieu dont ils sont issus, que ce soit à travers un assemblage de Syrah, de Grenache, de Mourvèdre et de Carignan ou parfois dans un vin monocépage issu de l’un de ces quatre cépages. Il y a quelque chose de magique dans cet endroit, et notre but est de l’exprimer dans les vins de Belles Eaux.

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