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Les premiers dégustateurs sont arrivés à Bordeaux pour déguster le grand millésime 2010

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Les premiers commentaires de Bordeaux sont restés assez discrets jusqu’à présent. Sans doute parce qu’on hésite encore à dire que nous sommes en présence, pour la 2e année consécutive, d’un très grand millésime. C’est pourtant certainement le cas. J’aimerais essayer de donner ma propre impression sur les différences entre ces 2 millésimes, en particulier pour les vins de Château Pichon-Longueville Baron.

Il est déjà arrivé, notamment en 1989 et 1990, que 2 grandes années se succèdent, avec chacune sa personnalité et des avis assez tranchés selon le goût des amateurs. On nous a demandé de comparer 89/90 et 09/10, et je crois que c’est assez légitime de le faire, mais il faut souligner que les méthodes de travail sont assez différentes aujourd’hui. Les grandes propriétés ont des rendements nettement moins importants et réalisent des sélections plus strictes entre le grand vin et le 2e vin. Alors oui, on peut comparer le grand duo qu’a été 89/90 avec les millésimes 09/10, mais je suis convaincu que ces derniers atteignent un niveau de qualité nettement supérieur.

Par chance, ce n’est pas mon travail  d’écrire régulièrement des notes de dégustation sur les vins, nous avons pour cela des journalistes parfaitement qualifiés. Mais, pour autant que cela ait de la valeur, je vous livre ici mon appréciation des vins de 09 et 10 de Pichon, en espérant que les mots puissent esquisser une idée des différences de styles entre ces deux millésimes. Je ne ressens pas le besoin aujourd’hui de dire celui que je préfère, pour la bonne raison que je ne le sais pas encore. Mais je suis persuadé que ce sont deux grandes années pour Bordeaux et je suis très heureux, ainsi que toute l’équipe ici, d’avoir pu y prendre part.

Voici une photo de Jean-René Matignon et moi même, savourant le moment d’une dégustation de ces deux grands millésimes.

Château Pichon-Longueville Baron : Christian Seely (à droite) et Jean-René Matignon (à gauche)

Je transcris le résultat de nos délibérations, avec Daniel LLose, après avoir gouté ensemble ces deux vins, pour tenter de définir leur différence de style :

Château Pichon-Longueville Baron 2009: « Soyeux, velouté, très harmonieux, équilibré et long.  Plein, onctueux, doux, fruité subtil et fin, à la fois puissant, fin et délicat. Voluptueux, racé et élégant ».

Château Pichon-Longueville Baron 2010: « Une structure vive, très fraiche, tonique; des tannins à la fois forts et musclés, fins et équilibrés. Des fruits rouges et noirs sauvages et intenses. Explosif, profond et complexe. Nous avons rarement vu tant de richesse, alliée avec tant de fraîcheur. Equilibre extraordinaire et impressionnant par sa concentration.

J’espère que tout cela donne une idée de ce que nous ressentons en dégustant ces vins. Evidemment je les aime tous les deux, et maintenant nous allons voir ce que le monde va en dire. Ensuite, si tout va bien, nous aurons le plaisir de les déguster et de les comparer encore et encore dans les décennies à venir.

Si vous souhaitez avoir une approche plus complète de ce qui rend le millésime 2010 si particulier, je vous suggère le lien suivant :

http://bordeauxgold.com/wp-content/uploads/2011/03/2010Report.pdf

Il s’agit du Vintage Report de Bill Blatch (en anglais), qui réalise une analyse remarquable de l’année et des vins. Je la trouve brillante et la recommande vivement. Pour ceux qui ne connaissent pas Bill, c’est un négociant bordelais apprécié et respecté pour sa connaissance encyclopédique de Bordeaux et de ses vins pour chaque millésime, due à des notes méticuleusement prises depuis des années. Son analyse du millésime 2010 vous donnera une idée de l’ampleur de ses connaissances et de sa passion pour Bordeaux et ses vins.

Semaine des primeurs à Bordeaux

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La semaine dernière, le monde entier s’est donné rendez-vous à Bordeaux, pour goûter le millésime 2009. Il s’agit pour nous de l’une des semaines les plus mouvementées de l’année, puisque les visiteurs se succèdent toute la journée sans discontinuer et qu’un dîner est généralement organisé chaque soir. Malgré tout, c’est aussi une semaine que nous attendons avec impatience.

On pourrait objecter que dans la vie d’un vin, le mois de mars qui suit la récolte n’est peut-être pas le moment le plus approprié pour juger de sa valeur intrinsèque. Force est pourtant de constater que c’est exactement ce que tout le monde s’efforce de faire.

On évalue la qualité et le style du millésime, ainsi que les performances relatives de chaque propriété. Pour les producteurs tels que nous, c’est un moment excitant et angoissant à la fois. Le résultat de tout notre travail dans les vignes et dans le chai est soumis à l’examen des professionnels du vin. Bien entendu, nous avons notre propre opinion sur nos vins, mais nous sommes probablement trop passionnément impliqués dans ce que nous faisons pour pouvoir porter nous-mêmes un jugement objectif (bien que nous nous efforcions de le faire). Ainsi, il incombe à nos visiteurs de nous donner leur verdict, qu’ils soient journalistes, clients ou négociants. Vont-ils confirmer toutes les opinions que nous nous sommes faites sur la qualité de nos vins ? Vont-ils remarquer ce que nous avons essayé de faire ?

C’est dans la salle de dégustation de Pichon que nous recevons la plupart des visiteurs. La semaine dernière, j’ai également passé une partie du temps à Petit-Village, mais j’ai passé deux jours dans la salle de dégustation de Pichon. Déguster nos vins avec tous ces visiteurs différents au cours de la journée et écouter ce qu’ils ont à dire sur les vins et le millésime est une expérience fascinante et très agréable. Certains ne disent rien, bien sûr, le plus souvent ce sont les journalistes. Dans ce cas, on les accueille, on essaie de deviner la réaction d’après les expressions énigmatiques sur le visage des dégustateurs en question, puis on attend de lire ce qu’ils ont à dire. Cependant, ceux qui se sont exprimés ouvertement pour confirmer l’impression générale selon laquelle 2009 est un grand millésime sont suffisamment nombreux et le « buzz » autour de Pichon, Petit-Village et Suduiraut a été extrêmement positif. Nous devons maintenant attendre que les verdicts soient rendus publics et nous donnent une image complète du jugement des professionnels du vin sur le millésime et sur nos vins.

Pour ce que ça vaut, j’aime énormément le millésime 2009. Je me suis efforcé de faire des dégustations partout où j’ai pu le faire et je pense qu’il y a des vins vraiment excellents cette année. Mes préférés sont ceux qui, à mon avis, ont réussi à capturer l’essence du millésime 2009. Ces vins ont un fruit d’une très belle pureté et une concentration intense, mais se caractérisent surtout par leur harmonie et leur équilibre et par des tanins soyeux et d’une élégance extraordinaire, parfaitement enrobés par le fruit, bien que l’analyse révèle une forte teneur en tanins. Certains ont choisi de pousser davantage l’extraction, et leurs vins se caractérisent par des tanins plus présents, mais aussi par une concentration extrême du fruit. Je pense que 2009 sera une année marquée par les différences de style entre ceux qui ont recherché l’élégance et la finesse et ceux qui ont choisi de se concentrer sur une puissance plus grande. Pourtant, globalement, les vins sont formidables et je pense que l’opinion générale est qu’il s’agit d’un grand millésime pour Bordeaux. On a accordé une telle attention aux magnifiques vins rouges qu’il serait facile d’oublier que 2009 a également été une grande année pour les Sauternes. A Suduiraut, ce millésime est l’un de mes préférés, car il a une richesse et une complexité extraordinaires, mais il se caractérise aussi, comme les meilleurs vins rouges, par les superbes qualités d’équilibre, d’harmonie et d’élégance de ce millésime.

Nous avons reçu un groupe de journalistes distingués à Petit-Village, pour une dégustation de groupe des vins de Saint-Emilion et de Pomerol de l’UGC. Pour celui qui organise chez lui une telle dégustation, l’opportunité de parler à autant de journalistes en une seule visite est  déjà un avantage, mais il y a aussi celui qui consiste à se glisser dans la salle de dégustation après leur départ et à goûter soi-même tous les vins. Je les ai d’abord dégustés sans cacher les étiquettes, et j’ai pris des notes aussi abondantes que détaillées (uniquement pour mon usage personnel), puis j’ai fait une dégustation à l’aveugle, en reprenant des notes de dégustation. J’ai ensuite essayé de faire correspondre les deux séries de notes. Si vous n’avez jamais fait ce genre d’exercice, je vous le recommande car c’est une grande leçon d’humilité ! Mais il est fascinant également de constater les différences de perception dans les deux cas. Dans un monde idéal, on ferait probablement toujours deux dégustations, une à l’aveugle et l’autre non. En effet, il est évident que chacune des deux méthodes présente ses propres avantages.

Bien entendu, tandis que le monde entier se concentre sur le millésime 2009, la vie continue dans les vignobles et les chais. J’ai pris ces deux photos des premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village alors que les vins de 2009 étaient en cours de dégustation. On sent que le printemps est de retour et c’est très agréable, après un hiver qui s’est avéré particulièrement rude, et pas seulement en ce qui concerne les conditions météorologiques.

Premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village
Premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village

Premiers bourgeons de 2010 à Petit-Village